Entretien avec Avinaash I. Munohur : le pouvoir à l'Ile Maurice

12 January, 2018 Avinaash I. Munohur

Propos reccueillis en marge du séminaire doctorale de l'Université Paris 8 sur la postcolonialité.

Entretien réalisé à Paris le 17 juin 2017.

 

Mélissa P. (MP) : Avinaash Inderjeet Munohur, vous êtes doctorant-chercheur au Laboratoire de recherche sur le Changement Social et Politique (LCSP) de l’Université Paris 7 Diderot. Vos recherches s’appuient sur la philosophie française contemporaine et la théorie postcoloniale. Vous venez de fonder un think-tank de recherche politique et sociale, l’Institute for Policy Studies, dont l’objectif est la diffusion d’idées politiques progressistes à Maurice.  En quoi consiste votre travail et en quoi concerne-t-il l’Ile Maurice justement ?

 

 Avinaash Inderjeet Munohur (AIM) : Mon travail consiste à repérer, dans le champ social et son historicité coloniale, l’ensemble des institutions et des pratiques que je pense devoir étudier afin de comprendre la rationalité politique mauricienne dans sa dimension propre.

 

MP : Qu’est-ce que pour vous la rationalité politique mauricienne ? Pouvez-vous me donner un exemple, par soucis de clarté.

 

AIM : Dans une société multiculturelle comme peut l’être la société mauricienne, il me semble intéressant de se poser les questions suivantes : il y a-t-il une expérience de l’identité, de la culture, de l’ethnie et de la race, qui soit propre à un type de société comme la notre ; et si oui, comment est-ce que cette expérience a pu se constituer ? Et, si nous allons un peu plus loin, nous pouvons nous demander comment est-ce que cette expérience de l’identité, de la culture, de l‘ethnie et de la race structure notre modèle sociétale, notre vivre ensemble si vous préférez, dans son actualité présente.

 

Répondre à ces questions implique une confrontation critique avec les histoires coloniales de mon pays, ainsi qu’une analyse détaillée des débris de ces colonialismes… débris qui structurent toujours, et parfois de manière très profonde, les rapports sociaux, politiques et économiques dans la société mauricienne. Il s’agit, en dernier ressort, de produire une analyse du pouvoir dans tout ce que celui-ci contient de sédimentaire, à Maurice.

 

MP : Ce serait donc, en ce sens, que le multiculturalisme préoccupe votre recherche ? Il faut comprendre le passé afin de mieux comprendre le présent ?

 

AIM : Au delà de la maxime, oui, les analyses historiques sont essentielles pour appréhender comment certaines rationalités, et notamment les rationalités politiques, se mettent en place, opèrent et perdurent. Ceci est particulièrement intéressant à Maurice de part la multiplicité des histoires coloniales, et des diasporas qui les ont marquées. Malgré le fait d’être une île perdue à des milliers de kilomètres des centres européens, l’histoire de la périphérie mauricienne ne peut pas être comprise en dehors de celle, plus générale, de l’histoire de la Modernité et des grandes expansions des XVIème et XVIIème siècles.

 

Pour rajouter un mot sur le multiculturalisme mauricien, il s’agit pour moi de comprendre la logique qui en structure la rationalité, plutôt que de produire des descriptions de type anthropologiques - qui sont d'ailleurs aussi nécessaires. Ainsi, je m’intéresse à ce que l’on pourrait appeler la racialisation de la société mauricienne, nous y reviendrons un peu plus tard je l’espère.

 

MP : Absolument, c’est prévu... Mais je souhaiterai préciser certaines choses avant. Pourquoi parlez vous de colonialisme au pluriel ? Vous dites « les histoires coloniales » à Maurice et non pas « l’histoire coloniale », ce qui semble impliquer qu’il y a des ruptures entre les différentes phases coloniales. Vous vous attachez à une analyse historique, ne faudrait-il donc pas plutôt appréhender les différentes phases coloniales comme une suite logique, une continuité historique justement, au lieu de les considérer séparément ?

 

AIM : Le cas mauricien me semble particulièrement intéressant du fait que nous puissions y identifier trois moments coloniaux différents : le colonialisme hollandais, le colonialisme français et le colonialisme britannique. Or, si vous vous intéressez un peu à tout ce domaine – fort intéressant d’ailleurs – que l’on nomme l’histoire universelle, vous y trouverez toute une méthodologie dont l’objet est l’élaboration d’une science de l’histoire du capitalisme, où celui-ci est considéré dans sa dimension globalisante, holiste et universelle. Une histoire, où est prise, dans le processus d’expansion de la logique du capital, la totalité du monde et des peuples qui la recouvrent, au fur et à mesure des conquêtes coloniales. Les choses deviennent d’autant plus intéressantes pour nous lorsque nous dégageons trois modèles politico-économiques sur le terrain mauricien : le modèle hollandais qui s’est avéré être une version plus sophistiquée du modèle de la Cité-État de type vénitien ; le modèle français qui s’articulait autours d’un modèle monarchique absolu, qui a posé les bases de l’État Moderne ; et le modèle britannique, d’inspiration libérale, qui s’est très tôt pensé comme le modèle de la circulation et de l’échange mondialisé.

 

Il me semble donc intéressant de comprendre ces différentes logiques, ces trois histoires à l’œuvre dans l’histoire au singulier. Nous avons à Maurice des formes d’hybridité institutionnelle extrêmement intéressantes qui découlent de l’inter-connectivité de ces trois modèles. Notre système judiciaire, par exemple, qui a su faire l’alliance du Code Napoléon et du système des précédents du Common Law britannique. Mais là encore, il ne faut pas s’arrêter à de simples constats, il me semble important de comprendre la logique propre de ces hybridités et leurs rôles fondamentaux dans le fait que la société mauricienne reproduise les mêmes schémas dans la transmission des positions sociales, des positions communautaires et identitaires, des façons d’agir et de penser, d’une génération à une autre – pour paraphrasé Pierre Bourdieu.

 

MP : Votre discours, et le lien que vous tracez entre histoire, capitalisme, colonialité, politique et la société mauricienne aujourd’hui me semble à contre-courant des discours dominants, notamment ceux des politiciens. Ces derniers font, en général, l’impasse sur la dimension historique et coloniale de notre présent. Pour avoir un peu observé le terrain mauricien, je m’aventurerais à affirmer que ce constat est également valide sur votre belle île.

 

AIM : Ça va plus loin que cela même… À considérer certaines postures, il nous semble que Maurice n’avait pas d’histoire avant le 12 mars 1968 – date de notre accession à l’indépendance. Ou bien plutôt, que si histoire il y avait, elle était uniquement celle des négociations pour l’indépendance. Je pense que personne n’est dupe de ces postures, qui se dévoilent comme de vaines tentatives de continuer à faire circuler un discours servant à légitimer le pouvoir de certains partis politiques, voir de certains individus.

 

Je dois vous avouer ne guère me soucier de ces discours. Ils m’intéressent en tant que fabulations idéologiques qu’il faudrait détruire par le fait scientifique, mais pas bien plus que cela. C’est vraiment le fait scientifique, en tant qu’il tente d’interpréter le monde et de le changer qui oriente tout mon effort. Je me concentre ainsi à la recherche et à la formulation d’hypothèses que j’ai la chance de tester, au gré d’échanges scientifiques souvent intenses, avec mes collègues éparpillés un peu partout à travers le monde. Ce qui me conforte d’ailleurs dans ma démarche car je retrouve des préoccupations assez similaires chez certains chercheurs d’Amérique Latine, des Caraïbes, d’Asie ou encore ceux du continent Africain. Les terrains changent, mais au fond les problèmes restent les mêmes dans le fait qu’ils soient souvent liés à la colonialité et à la postcolonialité, dans leurs dimensions culturelles mais aussi sociologiques, économiques, anthropologiques et politiques.

 

Le fait que cette production scientifique s’effectue dans des anciennes colonies n’est d’ailleurs pas du tout un hasard. L’essor des universités, mais aussi des think-tanks et des collectifs de chercheurs, d’artistes, de gens s’investissant dans des luttes sociales qui accompagnent le renouvellement démocratique et économique de ces pays semble y permettre l’élaboration de pratiques sociales et politiques renouvelées. Ce sont ces nouvelles formes d’engagement qui me semblent aujourd’hui porteurs d’espoir. Ils sont le signe que la modernité et la démocratie sont bel et bien vivantes, notamment dans les pays qui étaient jusque il y a moins d’un siècle sous domination coloniale ou qui ont parfois vu se succéder les régimes totalitaires les plus brutaux.

 

Nous ne devons d’ailleurs absolument pas idéaliser ces exemples, car ce sont souvent des pays qui connaissent de très graves problèmes sociaux et institutionnels. La route du progrès démocratique est longue et parsemée d’obstacles, mais les signes d’une volonté de progrès sociale, économique et politique y sont forts ; et le rôle des intellectuels, des chercheurs, des artistes ou encore des travailleurs sociaux est de se battre pour faire advenir ce progrès. Ce sont de grands viviers, de grands laboratoires du néolibéralisme actuel, où se dessine le monde de demain ; processus qui peut prendre des formes extrêmement violentes d’inégalités et d’expansions économiques. Mais là encore, les signes de grands progrès socio-politiques sont là – rappelez-vous des revendications socio-politiques en marge de la Coupe du Monde au Brésil, revendications qui perdurent toujours malgré une situation politique difficile. Me viennent aussi à l'esprit les collectifs féministes dont le travail est extrêmement important pour faire évoluer la condition féminine en Inde. Il y en a bien d'autres.

 

L’un des enjeux majeurs de ces acteurs du changement serait d’arriver à former des collectifs forts, qui puissent avoir un poids concret dans les débats actuels en faisant émerger une alternative crédible. Maurice n’est, à mon sens, absolument pas différent en terme de potentialités. Nous sommes petit par la taille mais les enjeux de la globalisation qui, en surface, peuvent sembler nous dépasser, sont bel et bien à l’œuvre dans notre société. Et je reste convaincu que la possibilité de progrès sociaux, économiques et politiques  conséquents est présente. Nous produisons assez de richesses pour y parvenir, reste à la réinvestir de manière raisonnable, raisonnée et avec un véritable projet de société à l’horizon. Là aussi, nous constatons la présence de formes d’engagements progressistes, qui ne passent pas par les partis politiques ou les institutions gouvernementales d’ailleurs, mais plutôt par la société civile. C’est un bon début mais il faut aller plus loin.

 

MP : Comment pouvons-nous donc nous mobiliser, en tant que citoyens, pour militer pour ce progrès ? Pour plus de justice sociale, pour plus d’égalité, pour une société plus en paix avec elle-même ? Comment faire lorsque nous voyons toute la corruption des politiques, les problèmes de sécurité de plus en plus graves, le marasme socio-économique et le racisme qui semble être de plus en plus exacerbé et passionné. Ce sont ces phénomènes qui ont, je pense, permis l'émergeance de mouvements d'extrême droite de plus en plus forts. Pensez-vous que nous sommes actuellement dans une situation dangereuse ?

 

AIM : Je partage votre diagnostique et vos inquiétudes. Il me semble que nous sommes dans une situation de grande incertitude qui pourrait déboucher sur des instabilités plus ou moins graves. À Maurice, la transformation d’une économie sucrière en une économie de services, avec toutes les mutations que cela implique – notamment les formes du travail, les rapports de production, l’essor de la consommation sans limite etc. -, est en train de rendre encore plus visible un écartement important entre les couches occupant le haut de la pyramide sociale, et celles du bas. Il n’y a là rien de bien nouveau, l’État-providence mauricien a longtemps permis à une mobilité sociale importante de fonctionner, et donc de réduire ces distances pour un bon nombre de Mauriciens. C’est d’ailleurs comme cela que s’est effectuée une redistribution assez importante des cartes socio-économiques, à la suite des politiques de dérégulations du début des années 80. Si nous étudions cette période, nous nous rendons compte que les choses n’étaient pas radieuses à la fin des années 70. Le pays se trouvait en face d’un mur, mais le bouillonnement  politique de l’époque a permis un changement de pouvoir qui a emmené avec lui la libération de nouvelles forces de production, qui ont à leurs tours permis le décollage des industries du tourisme, du textile, de l’offshore, des services financiers, du commerce etc. Ce cycle a été porteur de grandes avancées sociales, notamment dans la constitution d’une classe moyenne importante et puissante, mais aussi dans la production d’une main-d’œuvre hautement qualifiée, qui a su répondre aux défis économiques de l’époque. Mais nous ne sommes clairement plus dans ce moment, et ce qui a fonctionné dans le passé ne fonctionne plus forcément aujourd'hui.

 

Ainsi, il s’agit d’identifier les grands axes qui posent problème sur les terrains de l'économique, du social, et du politique ; et de trouver des solutions qui leurs correspondent. Une partie de ces solutions doivent servir la logique de la mobilité sociale, afin qu’elle permette une circulation plus juste et plus équitable des richesse et de la providence. La tendance actuelle de laisser se multiplier les poches d'exclusions, sous prétexte qu'une intervention de l'État fausserait le jeu naturel des processus économiques - comme ont pu l'argumenter des économistes comme Gary Becker -, est la voie royale à la montée des extrémismes et des nationalismes les plus facheux.

 

MP : Vous évoquiez plus tôt le terme de racialisation de la société mauricienne, faites vous référence au régime si particulier de la représentation parlementaire à Maurice ?

 

AIM : Oui et bien plus encore… Ce que je nomme la racialisation n’est pas un fait unique dans les expériences coloniales. Nous retrouvons des situations assez analogiques dans les géographies similaires à celle de Maurice : une ile déserte sans population autochtone ayant été peuplé par des vagues de migrations liées aux colonisations successives. Le terme de « racialisation » a d’ailleurs été développé dans le corpus des études africaines et caribéennes. Il s’agit, à travers ce concept, de penser la race par delà sa dimension culturelle ou biologique – dimensions héritées du racisme du XVIIIème siècle - afin d’en exposer la dimension structurante dans les sociétés multiculturelles contemporaines. Je pense que la matrice de la race - si elle est bien traduite - peut nous permettre une compréhension intéressante de la façon qu’opère la hiérarchisation dans la société mauricienne. Comment, pour introduire un autre terme dans cette discussion, opère et se partage le pouvoir à Maurice - une société où chaque part, dans le sens des parts d’un gâteau, est en quelque sorte l’attribution historique d’une communauté ou d'un groupe d'individus.

 

Nous revenons à ce que nous disions au début de cet entretien : nous parlions de repérer, dans le champ social et son historicité coloniale, l’ensemble des institutions et des pratiques qu’il faut historiquement analyser afin de comprendre la racialisation de la société mauricienne dans sa dimension sociale, politique, culturelle et religieuse. Il me semble que ce travail théorique devrait nous permettre de brosser l’esquisse d’un des modes de fonctionnement du pouvoir à Maurice.

 

MP : Vous semblez donner une définition assez large au terme de pouvoir. Ne sommes nous pas exposés au risque de nous y perdre, voyant partout le pouvoir nous dominer, bien au-delà des sphères traditionnelles associées à lui justement. Je pense ici au gouvernement, au parlement, au système judiciaire, à la police etc.

 

AIM : Il nous apparait de plus en plus clairement que la question du pouvoir dans les modes d’analyses historiques hérités du début du XXème siècle, qu’ils soient de tradition marxiste, libérale ou s’inspirant des théories contractuelles, sont trop simples. Je pense que, si nous devions résumer, la pensée moderne a essentiellement produite deux axes de réflexion majeures sur le pouvoir. Le premier est la question du fondement juridique pouvant justifier un pouvoir politique - qui a d’ailleurs une très longue tradition allant de Machiavel à la tradition contemporaine héritière du Pragmatisme américain, en passant par Hobbes et Rousseau. C’est ce que je nommerai l’approche constitutionaliste ; terme que j’emploie sachant fort bien que le débat sur un changement de Constitution fait depuis quelques années rage à Maurice.

Le second axe, lui d’inspiration marxiste, a été de définir le pouvoir dans une fonction de conservation ou de reproduction des rapports de production. Le pouvoir considéré, en gros, dans sa dimension socio-économique.

 

Ces deux approches me semblent profondément insuffisantes. Insuffisantes parce que le pouvoir ne fonctionne pas forcément à partir de son fondement – les travaux ethnologiques qui se sont intéressés à cette question l’ont amplement démontré, notamment ceux de Pierre Clastres. Il y a des pouvoirs qui ne fonctionnent pas à partir d’une instance souveraine l’ayant fondé – comme une Constitution - en se diffusant dans les couches périphériques de la société étudiée ; et ces pouvoirs ne sont absolument pas moins puissants que ceux qui fonctionnent à partir d’un fondement ou d’un centre.

Insuffisantes aussi parce que les rapports de pouvoir sont, à mon avis, beaucoup plus profondément implantés qu’au niveau de la simple superstructure ou de l’idéologie comme a voulu nous faire croire l’orthodoxie marxiste.

 

Je pense que la tradition critique nous permet de sortir de cette impasse en définissant le pouvoir comme une relation plutôt que comme une chose s'incarnant dans un objet. Cet écartement sémantique semble simple, mais les conséquences sont profondes car il ne conçoit plus le pouvoir comme une chose à part entière qui s’incarnerait dans une institution précisément définie, et à partir de laquelle irradierait une puissance capable de dominer tout le champs social, mais plutôt comme quelque chose qui s’instaure dans une relation entre plusieurs choses, dont les institutions font parties. Le pouvoir ne serait donc pas une chose, mais plutôt une relation entre au minimum deux choses. Ainsi, je pense que si nous voudrions donner une définition simple du pouvoir, nous pourrions affirmer que le pouvoir c’est - au minimum - une relation entre deux individus où l’un peut déterminer la conduite de l’autre.

 

Pour simplifier encore plus - et je pense que tout ça va tout de suite devenir beaucoup plus clair - je dirai que le pouvoir c’est l’exercice de quelque chose que l’on peut appeler gouvernement, au sens très large du terme. Pas seulement gouvernement en tant qu’instance juridique, exécutif et administratif de la souveraineté du peuple dans une démocratie, mais aussi et surtout gouvernement au sens où gouverner peut aussi vouloir dire déterminer la conduite des individus en utilisant un certain nombre de tactiques et de techniques qui sont déployés à travers tout le champ social. Gouverner au sens d’un gouvernail si vous préférez, c’est-à-dire, une technologie qui oriente un objet dans une direction précise, et qui en régule la conduite.

 

Ainsi pour revenir à des considérations plus concrètes nous pouvons, par exemple, nous poser la question de comment ont été gouvernés les esclaves ou les coolies dans le milieu de la plantation sucrière ? Quelles ont été les tactiques, les techniques et les dispositifs utilisés dans l’aménagement de la plantation - sa segmentarisation géographique, l’impact de cette segmentarisation sur l’écologie autochtone, la façon dont était organisée la journée de travail, la manière dont étaient gérées les maladies qui ont pu surgir au sein de ces populations, la façon dont le régime alimentaire était structuré, la façon dont ont été régulés la sexualité, les contentieux, les alliances etc. Ce sont là des données qui peuvent sembler anodins, mais qui en réalité nous informent de manière profonde sur ce qu’a été le monde de la plantation, en tant que ce dernier était un monde où l’on a discipliné les corps des individus afin d’en augmenter le rendement et la productivité.

 

Et c’est dans ce travail sur les corps, sur la population, sur les individus – travail qui passe par toute une panoplie de techniques et de dispositifs que l’on pourrait qualifier de disciplinaires ; à la suite des travaux de Michel Foucault -, et qui va de la punition à l’aménagement de l’habitat, en passant par la réglementation des charges de travail, des heures de travail ou encore des heures de repos, que l’on peut commencer à comprendre comment est-ce que l’on a conduit la conduite des esclaves et des coolies – avec leurs différences propres -  à des fins économiques, sur la plantation sucrière.

 

Il me semble qu'il faille donc comprendre comment est-ce que la vie du travailleur était régulée, dans ses aspects les plus infimes, afin d’en déterminer la conduite et afin qu’elle soit soumise à la logique économique de la captation du capital dans une économie sucrière. Et comment est-ce que dans cette régulation de la conduite de ces populations, s’est dessiné tout un ensemble de savoirs sur ces populations qui ont contribué à la construction du racisme coloniale, et qui opère toujours dans notre société hautement racialisée.

 

Ainsi, il me semble que poser la question de comment conduit-on aujourd’hui la conduite politique des individus selon les communautés, les religions, les pratiques socio-culturelles dans lesquelles on les inscrits est intimement liée à ces pratiques coloniales - elles en sont la continuation postcoloniale et par d'autres moyens. Ainsi, il me semble que la structuration raciale de notre société trouve ses origines dans la discipline de la plantation sucrière. En deçà de la façade idéologique de la simple appartenance ethnique ou religieuse, nous retrouvons toujours un pouvoir qui opère ; et un pouvoir qui opère à travers des dispositifs et des techniques d’une grande finesse et d’une grande complexité. Tout une structure de capture qui noue des nœuds puissants autours des individus, et qui assure la reproduction hiérarchique de la société.

 

C’est vraiment tout ce domaine, que l’on pourrait appeler le domaine des micro-pouvoirs, qui me semble important à analyser si nous voulons vraiment comprendre la rationalité politique mauricienne dans son actualité. Il me semble que les basculements historiques les plus importants se jouent souvent au niveau de petits détails qui peuvent sembler insignifiants, mais qui ne le sont absolument pas.

 

MP : À vous écouter, vous semblez pessimiste quand à la possibilité d’un changement politique majeur donc. Ou plutôt, vous semblez penser que le système politique à Maurice a des racines beaucoup plus profondes qu’il n’y paraît. En gros, il ne suffirait pas simplement de changer de personnel au sein d’une équipe gouvernementale, ou d’amender la Constitution, pour opérer un changement politique majeur.

 

AIM : Certaines revendications actuelles me paraissent d’une très grande importance. La volonté, de plus en plus affichée, d’en finir avec les dynasties en politique et les tentatives légales pour amender certains articles de la Constitution, sont des combats majeurs qu’il faudrait mener jusqu’à leurs conclusions. Mais il me semble tout aussi important de comprendre les phénomènes de fond qui produisent ces effets de surface. Il y a toujours une logique à l’œuvre dans les phénomènes sociaux, politiques ou économiques, et c’est cette logique qu’il faut extirper, analyser et combattre. Par exemple, il y a une logique sociale derrière la constitution de ce que nous nommons à Maurice les dynasties politiques, il ne s’agit pas uniquement d’une poignée d’individus qui conservent leur pouvoir grâce à des réseaux qui pénétrent les différentes structures de l’État. Ces réseaux sont la manifestation visible d’une logique invisible. Ainsi, changer de personnel, pour reprendre le terme que vous employez, ne modifie en aucun cas la logique à l’œuvre. Tout ce que nous arriverons à faire c’est remplacer une dynastie par une autre, un réseau par un autre.

 

Pour revenir à votre interrogation précédente, lorsque vous me demandiez comment est-ce que nous pouvons nous mobiliser afin de faire advenir un changement politique majeur. Il me semble que cela doit passer par une problématisation de notre présent et de notre situation politique actuelle, ce que nous pouvons nommer notre actualité. Cette problématisation requiert de détecter parmi les choses qui nous apparaissent comme des évidences celles qui, actuellement, montrent des indices plus ou moins diffus de fragilité dans nos pratiques politiques et sociales. C’est exactement ce que je m’attèle à faire en faisant l’étude des institutions, des pratiques et des micro-pouvoirs que je souhaite analyser, afin d’en dégager – une fois conduit dans ma recherche bien évidemment – la rationalité politique mauricienne dans sa dimension raciale et coloniale, mais aussi dans sa dimension économique et sociale.

 

Il y a, selon moi - et c’est là tout mon optimisme - depuis quelques années des indices de fragilité assez forts dans notre système. Il me semble que le système post-indépendantiste repose sur un équilibre qui arrive encore aujourd’hui à masquer ses failles, mais plus pour encore bien longtemps. On voit bien que cela fuit de partout, on le ressent même de manière forte, et la corruption de plus en plus visible – de moins en moins tabou même – est un symptôme de cette fuite. Or, je pense que le plus grand des pièges, dans une telle situation, serait de croire que nous sommes prisonniers de ce système et qu’il nous est impossible de dénouer les nœuds que les histoires coloniales et postcoloniales ont noués autour de nous. Ma démarche, tout comme celle d’autres chercheurs, activistes, travailleurs sociaux, poètes, écrivains et artistes mauriciens, vise à démontrer exactement le contraire.

 

Elle vise à montrer la logique des stratégies à l’intérieur desquels les choses se sont produites ; et montrer que ce ne sont rien d'autre que des stratégies, et que du coup, en changeant de stratégie, ce qui nous semblait être une évidence immuable – comme le système politique mauricien, ses pratiques, sa corruption etc. – ne l’est plus du tout.

 

Il me semble, encore une fois, urgent de démontrer que notre rapport à la race, à la communauté, au religieux, au socio-culturel, mais aussi notre rapport au capital, à la division du travail et à la hiérarchisation sociale, est un rapport qui s’est historiquement constitué. Et du moment qu’il s’est historiquement constitué, il peut être politiquement détruit.

 

J’utilise bien évidemment ici le terme « politiquement » dans son sens large, je ne pense pas que cela passera uniquement par un parti politique – enfin pas par la forme actuelle des partis politiques du moins.

 

MP : S’agirait-il donc de réinventer la forme parti, peut-être comme a cru le faire Emmanuel Macron en France ?

 

AIM : Une chose me paraît évidente : les partis qui occupent actuellement, de manière sérieuse, l’arène politique à Maurice ont accédé à des positions hégémoniques dans des moments historiques qui se sont évanouis.

 

Dans le cas du Parti Travailliste, sa généalogie remonte aux négociations pour l’indépendance. Dans le cas du MMM et du MSM, nous sommes plutôt dans un moment post-indépendantiste, à l’aube du premier boom économique du début des années 1980, lors du premier mandat de Sir Aneerood Jugnauth. Il me semble intéressant de noter que leurs discours n’ont fondamentalement pas évolué depuis. En 2014, Sir Aneerood Jugnauth parlait d’un second miracle économique comme s’il suffisait de répéter les dérégulations économiques de son premier mandat pour que l’histoire de répète. Il est même allé jusqu’à nommer le même ministre des finances de l’époque. Les Mauriciens connaissent tous la suite des évènements.

 

Dans le cas du Parti Travailliste, la lourde défaite de 2014 semblait annoncer une réorganisation importante de ses structures, mais ils n’ont pas réussi à se dépêtrer de l’héritage de leurs « tribuns » – pour citer le terme qu’ils n’arrêtent pas de nous ressasser. Au final, si ils reviennent au pouvoir, ce sera surtout du à l’échec du gouvernement actuel et au manque d’alternative sérieuse, plutôt que par leur seul fait d’arme.

 

Faut-il que ces partis politiques se réinventent ? Absolument ! Mais se réinventer veut aussi et surtout dire : prendre la mesure des nouveaux enjeux économiques, sociaux et géopolitiques. Le monde a changé, et nous sommes dans un autre moment, celui du début du XXIème siècle. Le long XXème siècle est bel et bien derrière nous et le XXIème siècle dessine déjà les grands axes de développement et de progrès à suivre, notamment de par son essor technologique et son impératif écologique.

 

Nous ne sommes plus dans l’Ile Maurice de 1982. Nous sommes encore moins dans l’Ile Maurice de 1968. L’effondrement de nos quotas sucriers et l’essor des industries du tourisme, des services et l’explosion du secteur immobilier du début des années 2000 ont signifié, chez nous, le basculement dans l’économie néolibérale et la globalisation. Le modèle d’inspiration keynésien sur lequel repose notre État providence ne fonctionne plus, ou plutôt, il fonctionne sur le mode de la crise permanente. L’incapacité des pouvoirs publics à assurer des services de santé et de sécurité en adéquations avec les aspirations des citoyens  est symptomatique d’une crise profonde, face à laquelle aucun parti politique ne semble avoir de solution.

 

Pourtant, les solutions doivent être trouvées, voir inventées si elles n’existent pas encore.

 

Pour dire un mot rapide sur Emmanuel Macron, puisque vous en faites mention… Il me semble qu’il a su saisir un moment que les autres candidats à la Présidentielle n’ont pas compris. D’une certaine manière, et c’est pour moi la seule similitude avec notre actualité à Maurice, il a compris que les partis historiques – à savoir la droite et la gauche républicaines - restaient prisonniers des moments historiques qui les avaient portés au pouvoir, un peu comme peuvent l’être le Parti Travailliste, le MSM, le MMM et le PMSD à Maurice.

 

À partir de là, Emmanuel Macron a su développer un discours, une communication et un investissement des réseaux sociaux qui ont capturé l’imaginaire des jeunes cadres vivant dans les grands centres. Il lui a suffit de faire alliance avec François Bayrou pour s’assurer les 20% nécessaires au passage au deuxième tour. Avec Marine Le Pen en face, la Présidence de la République lui était assurée. Son calcul était stratégiquement juste car, dans un système à deux tours, 20% d’adhésion au premier tour peuvent suffire à devenir Président de la République, du moment que la personne en face de vous au second tour génère moins l’adhésion - ce qui était bien évidemment le cas de Marine Le Pen.

 

Est-ce que En Marche est une alternative aux partis historiques ? Je ne le pense pas, pour la simple raison qu’En Marche – qui n’est d’ailleurs pas un parti politique au sens strict du terme, mais plutôt un mouvement – a été un moyen de recycler le Parti Socialiste de l’extérieur, à défaut de pouvoir le faire de l’intérieur - la majorité des membres d’En Marche viennent d’ailleurs du PS. De ce point de vu, peut-être qu’Emmanuel Macron serait plus proche de Tony Blair, dans la capacité de ce dernier à réinventer l’image de la gauche travailliste au Royaume-Uni. Mais il me semble que nous ne sommes, justement, que dans l’image. J’attends de voir concrètement si ses propositions – qui sont plutôt de l’ordre de la dérégulation et du décodage qui ne reposent pas sur un projet de société concret – auront un impact positif sur l’ensemble institutionnel, économique et social de la société française, qui pour le coup, est historiquement extrêmement régulée et codifiée. Comme tout Chef d’État, il réussira certaines choses et en ratera d’autres, mais je crains pour lui qu’il ne se heurte constamment à un mur insurmontable… mais seul l’avenir le dira.

 

MP : Vous parliez plus tôt des pays qui, selon vous, montrent des signes de grandes potentialités démocratiques, et ce malgré une grande instabilité structurelle. Le Brésil, l’Afrique du Sud ou encore le Chili me viennent à l’esprit. Il est vrai que nous avons pu constater dans certains de ces pays, des mouvements et des mobilisations de grandes ampleurs. Dans certains cas, ces mobilisations ont pu emmener des changements importants. Or, vous m’avez toujours dit que le propre des Mauriciens c’est de ne pas vraiment se mobiliser, de ne pas descendre dans la rue, du moins pas de la même manière qu’on a pu le voire dans ces pays. J’ai effectué quelques recherches et je n’ai pas trouvé de mobilisation de grande ampleur à Maurice depuis ceux de la fin des années 70 – à l’exception des émeutes de 1999, mais il ne s’agissait pas de mobilisation à proprement parler.

 

AIM : Je me souviens d’une série d’articles qui avaient été publiés il y a quelques années dans un grand quotidien à Maurice, où certains acteurs de ces évènements de la fin des années 70 exprimaient leur nostalgie de ne plus voir les jeunes s’engager. Je généralise par souci de simplicité, mais un constat revenait assez souvent : « Nous, lorsque nous étions jeunes, nous nous sommes battus pour plus de droit, plus de justice et plus d’équité, mais les jeunes aujourd’hui ne se battent plus pour grand chose ».

 

La première chose que je dirai, c’est que le marxisme de l’époque qui guidait ces mobilisations est aujourd’hui mort et enterré. La dialectique idéologique qui a confronté le capitalisme et le marxisme dans la deuxième partie du XXème siècle a laissé place, avec l’effondrement du bloc Soviétique, à l’hégémonie du capitalisme. C’est ce que l’on nomme la globalisation. Certains intellectuels américains y ont vu le signe de la fin de l’Histoire, constat qui me semble hâtif. Nous devons néanmoins considérer que nous sommes actuellement dans une phase hégémonique sans opposition concrète, phase dite néolibérale de ce capitalisme. Le chercheur engagé que je suis vous dira qu’il est important de réfléchir à d’autres alternatives, qui devraient selon moi passer par la réinvention de l’humanisme. Il y a là de belles expérimentations intellectuelles à effectuer. Il faut d'ailleurs souligner qu'il y a depuis quelques années un effort théorique gigantesque qui va dans ce sens.

Mais le pragmatique que je suis également vous dira plutôt que le néolibéralisme est également porteur de grandes potentialités d’émancipation et de progrès, contrairement à ce que l’on nous rabâche depuis quelques années. Le néolibéralisme n’est bien évidemment pas sans ses problèmes, loin de là, mais il n’est pas non plus sans ses solutions, notamment pour un pays comme la République de Maurice qui est sur une phase de transformation socio-économique importante depuis plusieurs décénnies.

 

Ce qui nous semble clair, pour revenir à cette question de la mobilisation, c’est que sans base idéologique, les mobilisations sont difficiles. Ceux de la fin des années 70 reposaient sur le socle du projet marxiste, et ont su créer l’adhésion de nombreux travailleurs à l’époque. Sur quelle base idéologique reposerait une mobilisation aujourd’hui ? Je ne vois que celle du néolibéralisme.

 

Si nous devions la résumer, il me semble que le néolibéralisme est le nom que l’on donne à une certaine manière d’organiser la société dans tous ses rapports, où celle-ci est considérée dans sa vie propre et – c’est là le point crucial – où elle ne se laisse jamais entièrement dominée par l’État. Toute action étatique, toute politique publique, opère à partir d’une certaine image de la société sur laquelle elle pense pouvoir agir. Sur laquelle elle pense pouvoir orienter les conduites, notamment les conduites économiques, sociales et culturelles. Or, cette image de la société que l’État peut avoir, et à partir de laquelle elle mène son action, c’est exactement ce dont on parlait plus tôt : l’image de la société mauricienne selon l’État mauricien, c’est l’image d’une société communalisée, ethnicisée, radicalisée en gros, en tant que cette racialisation est un débris du colonialisme et une manière de faire aujourd’hui fonctionner le pouvoir, et conduire les conduites politiques des individus selon leur race, leur religion, leur communauté ou leur ethnie.

 

Le paradigme néolibérale fonctionne exactement a contrario - selon ses grands idéologues du moins. C’est à la société de dicter à l’État les politiques publiques à mettre en œuvre, tout en imposant à l’État un certain aveuglement, un certain laisser-faire. La société demande, en gros, à l’État le maximum de liberté dans les limites du droit et de l’économie. À partir de là, il me semble que les formes de résistance ou de mobilisation doivent être ceux justement d’une société qui se réinvente, en expérimentant de nouvelles interactions, de nouvelles manières d’être ensembles, de nouveaux discours et de nouvelles manières de se représenter. Il me semble qu’il y a aujourd’hui à Maurice des choses très intéressantes qui se font au niveau de la culture – pas dans son sens socio-culturel justement -, de l’écologie, de l’écriture, de l’art, de l’entreprise, des ONG etc. qui vont exactement dans ce sens.

 

Mais je tiens aussi à préciser que je ne suggère pas que nous devions faire tabula rasa de l’État. L’horizon qui me semble aujourd’hui le plus démocratique à Maurice est celui d’un assujettissement de l’État à la société mauricienne, dans toutes ses différences et sa multiplicité  - et différence et multiplicité ne doivent pas être ici compris comme des termes faisant exclusivement référence aux questions identitaires et culturelles. L’État doit être là pour garantir le droit, faire régner la paix sociale, assurer le bon fonctionnement de l’économie en garantissant un accès égal à tous les citoyens, répondre à des problèmes sociaux de manière rationnelle et scientifique, combattre les poches d'exclusion et c’est à peu près tout. Nous ne devons pas abandonner la providence, qui a été conquise au travers de grandes luttes politiques et sociales, mais les services de santé, le système scolaire, les services de sécurité doivent impérativement sortir de leur torpeur. Ils ne servent plus la société de manière efficace et doivent urgemment être remis au service de celle-ci. Ils doivent rendre possible la mobilité sociale et contribuer à la production de la justice sociale et économique pour chaque Mauricien. Ils ne sont pas la possession exclusive d’une classe de politiciens corrompus et dénués d’idées nouvelles, mais le bien commun de tous les Mauriciens.

 

Nos ancêtres, d’où qu’ils soient venus et quelle que fut été leur condition, ont  enduré des souffrances et des traumatismes que nous ne pouvons qu'imaginer pour venir bâtir un rêve mauricien. Ils se sont battus pour que nous ayons la possibilité d’œuvrer à une société plus juste, plus égale, plus équitable. Et la corruption actuelle de l’État mauricien, son racisme, son inadéquation face aux préoccupations des Mauriciens est une ignominie sans limite à leur héritage et cette dette infinie que nous avons envers eux.

 

Notre vivre ensemble, la pérennité socio-économique de notre société, notre avenir même, dépendent de cette transformation, de cette conversion même, de la politique.

 

Or, il n’y a pas de nouveau vivre ensemble qui ne remette en question tout l’ensemble technologique, tactique et disciplinaire qui nous a imposé notre vivre ensemble dans sa forme actuelle. Il n’y a pas de pérennité socio-économique qui ne passe par une critique lucide de nos institutions et de nos pratiques économiques. Il n’y a pas d’avenir possible si nous n’allons pas chercher dans les entrailles de notre passé, les éléments qui ont façonné notre présent, et qui en structurent l’actualité. Et il ne peut y avoir de transformation de la politique sans que nous travaillons, de manière acharnée, à défaire les nœuds qui nous emprisonnent et nous séparent de nos autres potentialités.

 

Il faut, au minimum, cela pour espérer sortir de cette grande nuit dans laquelle nous semblons nous enfoncer de manière inexorable. 

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